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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 14:16

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J’ai reçu beaucoup de témoignages suite à l’article «  la douce hypocrisie des stages »

Certains visiteurs comme Latouche m’ont fait comprendre que grâce à cet article qu’il  « se sentait moins seul » .D’autres m’expriment leur mécontentement comme Alzira : 

« J'effectue mon deuxième stage et je suis très triste de la dure réalité du terrain!!!tout ce que l'on nous apprend à l'ifas n'est pas vérifié sur le terrain et c'est regrettable....beaucoup de soignants ne tiennent pas compte des patients ou des résidents de leurs besoins,de leur envies ».Audebert m’explique son parcours de formation « J'ai rencontré des gens exécrables, au 3e jour de mon stage, au milieu du couloir qui me criait dessus comme un âne.. ».


Je vais à mon tour vous décrire un évènement clef qui a remis en question toutes mes perceptions sur la formation AS et m’a profondément changé.

Je vais vous raconter ce qui est arrivé à une de mes collègues de promotion .Julie était une collègue de promotion toute chétive et menu d’apparence .Julie était une fille discrète et timide .Elle s’était délocalisé pour suivre la formation. La transition entre son village et la ville fut un peu difficile car quitter son port d’attache familial n’est pas chose aisée pour tout le monde .Malgré cette année de privation et de vache maigre qui s’annonçait, Julie avait toujours ce petit sourire discret et si agréable quand je lui parlais. Ma psychologie de comptoir me faisait penser qu’elle faisait parti de ses personnes qui observent et analyse avec cette retenue princière qui les dénote de ses personnes vulgaire et impulsive.

Julie avait fait des économies pour se payer cette formation tant attendue.Elle avait travaillé dur à l’usine pendant quelques années. La formation As sonnait comme une petite promotion.

Julie habitait dans ma rue. Malgré le fait que nous soyons tout les deux des expatriés géographique cela ne nous a jamais rapproché .Elle était toujours avec un groupe qui s’était formé par  « affinité » dans la formation avec des natifs du coin.

Le temps de la formation qui n’est que d’un an ,haché par des stages à foison font qu’au final, l’on ne se connaissait que très superficiellement.

Pourtant ,j’ai parfois des intuitions qui ne trompent pas .Julie lors de nos regroupement ou même en cours ne s’exprimait presque jamais .Cela m’a emmené à penser que soit elle n’était pas arrivée à prendre sa place,soit que quelque chose clochait .

Juste après notre dernier regroupement d'un de nos stages,je me rappelle que Julie m’avait en aparté  tendu une perche et m’avait exprimé très clairement ce qui avait pu la bousculer lors de son stage .

Elle s’occupait d’un patient qui avait un cancer qui évoluait très rapidement et qui est décédé pendant son stage. Je n’avais pas compris que cette situation lui faisait écho et je ne suis pas arrivé à attraper ce moment pour la rassurer. Je pense que toutes ses perceptions ont changé à partir de ce dernier stage.

 

Par la suite,j’ai appris que les formatrices avaient été bousculées par les évènements qui venaient de se passer.

 

Julie devait passer ce jour là une MSP .Son stage n’était déjà pas très facile .Elle était dans un établissement avec des patients très lourd. Je suis allé sur ce lieu de stage par la suite et je comprends comment elle a pu en arriver là .Cet établissement était en plein bouleversement structurel et il n’y avait que des professionnels AMP que je qualifierai de « marâtres aigris ».Ce stage est le pire que j’ai fais de ma formation .Cela a dû être difficile pour une fille si réservée comme Julie. Je pense qu’elle a du vivre cette période  comme un calvaire dans l’effroi et la peur des humiliations.

 

Revenons à ce qui a pu se passer pour Julie et ce que l’on a  pu me raconter sur cette matinée.

Ce matin là, la formatrice attendait Julie pour quel passe sa mise en situation professionnelle. (MSP) Les marâtres avaient sûrement comme je les connaîs ,dressé un tableau digne d’un Dali sur le mi-bilan de stage de Julie .J’ai toujours trouvé contestable qu’avant la MSP le formateur prenne la température du stage.

 

La formatrice brûlait d’impatience qu’elle se présente à cet examen .D’ailleurs je me rappelle que dans l’après midi, j’ai croisé la formatrice enragée, me narguant qu’une de mes collègues lui avait poser un lapin et que s’était une première dans sa carrière .Je dois dire que je me gaussais intérieurement de cette bonne nouvelle .Elle aussi faisait partie de cette élite qui serait capable de mortifier tout un service.

D’ailleurs je me rappelle qu’elle m’avait dit qu’elle adorait venir sur le terrain de stage des marâtres .Bien que je n’ai pas trouver cette remarque étrange puisque  c’est normal que ce genre de masochistes s’entendent entre eux.

 

Deux jours étaient passés, Julie ne  répondait toujours pas au téléphone malgré l’insistance des formatrices et des sécretaires.

C’est à ce moment que des craintes et des hypothèses se sont mises en place.

La première hypothèse est venue du terrain de stage quand les maratres ont dit à ma formatrice ce qui a tout déclencher : 

«  la stagiaire a dû se suicider ».

Puis ,tout est allé très vite, les formatrices affolées ont demandé aux filles de son groupe de les emmener chez elle pour voir ce qui a pu lui arriver .L’on m’a raconté qu’après avoir insisté longuement, Julie a ouvert la porte de chez elle  pour dire que tout allait bien mais qu’elle ne savait pas si elle reviendrait dans la formation.

 

Le lendemain de la visite des formatrices, Julie a repris le chemin vers son village .Je ne peux pas vous raconter la suite .

D’ailleurs, je ne la connaîs pas. J’ai eu beaucoup de mal auprès de son petit groupe pour savoir ce qui s’était vraiment passer .Le sujet dérangeait beaucoup .Julie était peut être déjà devenu une inconnue qui n’a pas su rentrer dans le pli de ceux qui baissent la tête et subissent sans rien dire et qu’il ne peuvent plus continuer dans cette voie mortifère instiguée  par des professionnels peu scrupuleux de la nature humaine.Je sais que certaines de ma promotion sont devenues pire que les icônes de stage dont pourtant ,elles avaient promis ,de ne pas être " comme ça" après la formation .

 

Comme sûrement Julie, je me rappellerai toujours de ce stage et d’une phrase que l’une de mes marâtres de stage disait courtoisement dans mon dos  «  je vais lui apprendre la vie à celui là  » .

Je me demande si elle connaissait vraiment le sens du mot « vie » alors qu’elle a faillit donner la mort.

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Published by aide soignant
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commentaires

fred 11/02/2017 02:05

beaucoup oubli que l'on passe tous par le statut de stagiaire, les conditions de travail ne doivent pas nous rendre mauvais, au contraire, l'union permet de faire face.

ariel 10/02/2017 16:26

C est un témoignage très triste..Je suis une ancienne aide soignante (j ai dû arrêter pour problèmes de santé) j 'ai suivit ma formation avec des professeurs géniaux qui m'ont apprit que par exemple il faut tjs essayer de se mettre à la place des patients et qu'il faut les respecter et se faire respecter...Je trouve cela bien malheureux que dans certains endroits de stages celles qui vous apprennent vous sous estiment...j 'ai moi même former des stagiaires le travail doit être fait mais d'abord il faut aussi parfois montrer cmt le faire...être à l'écoute répondre aux questions de la stagiaire ..elles ne sont pas là pour prendre notre place mais aussi nous secondées et devenir de bonnes aides soignantes....que celles qui les forment n'oublient pas qu'un jour aussi elles ont dû apprendre..Tenez bons les filles c'est un superbe métier que vous faites il est très dur....mais ne doutez jamais de vos capacités..

stage 4U 27/07/2016 08:59

Bonjour et merci pour ce témoignage poignant.
Il est vrai que certains secteurs d'activité sont difficiles (confrontation à la fin de vie, la mort,..) et que certaines stagiaires ne sont pas préparées ou faites à (pour) cela...

catherine 28/05/2015 20:45

Trés émouvant !! c'est vrai il y a des stages qui se passent bien ou l encadrement y est de qualité, et d'autres endroits ou les filles sont de véritables pestes avec les stagiaires, çà je peux l'affirmer, l'ayant vécu...et puis il y a aussi des stages qui ne nous plaisent pas du tout , ou ont y va à reculons !! et c'est la peut être qu'il faudrait que les formatrices interviennent pour changer les stagiaires de lieux de stages (dans les cas extrêmes) vraiment difficiles, tel que la vécue Julie.......

cathy 28/05/2015 10:11

apres il est vrai que quand elles sont parfois 2 pour 40 patients.c super dur de devoir former car des fois c est une réalité on a aussi des boulets en élèves.