Aide soignant et ses petites contrariétées
S’il y a un domaine où j’estime la profession doit s’améliorer se serait dans l’évaluation des stagiaires.
Entre idées préconçues, moulage et formatage idéologique, petit copinage avec certains stagiaires, il n’y a qu’un pas qui ne doit pas être franchis.
Dans la pratique des faits, je considère que le stagiaire AS a acquis certaines compétences lors du stage pour qu’il soit validé.
Pourquoi me dira t’on ? Je pense que ce n’est que justice et surtout je pense que c’est la moindre des choses parce que ce stagiaire n’est pas payé par aucun des établissements qui jouissent de cette manne gratuite.
En plus, en se confrontant au monde du soin, le stagiaire prend un risque pour sa propre santé physique et psychique.
Surtout,l’évaluation des compétences ne sert que de paliers à franchir tout au long des 10 mois de formation.
Notre métier est difficile et à des contraintes que peu de personnes communes à notre société auraient acceptées.
Ne nous mentons pas,si cette note était matérialisée en salaire qui aurait accepté d’avoir un salaire négatif.
Surtout que si certains professionnels tendaient l’oreille, je dois dire que bons nombres de stagiaires sont dans des situations économiques et sociales très précaire.
La situation des stagiaires AS est des plus cocasse puisque c’est le stagiaire qui paye pour travailler gratuitement.
Pourtant des AS se permettent encore de mettre des notes qui frisent le ridicule envers certains EAS* .
Je me suis moi-même concerté avec des collègues et si l’empathie est de mise pour le patient,ce n’est pas le cas pour cette main d’œuvre corvéable qu’est le stagiaire.
C’est toujours la même rengaine qui ressort lors de ses réunions pour faire le constat du stage de l’EAS .Il y a des propos que je qualifierai d’inacceptable :
- « La stagiaire ne pose pas les bonnes questions » : Phrase passe partout pour signifier à la cadre que l’on sait ce que l’autre ne sait pas.Evidemment nous sommes des professionnels et nous avons certains savoirs mais « poser des bonnes questions » cela me laisse songeur.
Le stagiaire pose une question et quelle soit stupide ou une analyse cohésitive à ce qui a pu se faire peut m’importe tant que le stagiaire ne végète pas.Toutes les questions sont « bonnes » à saisir.En plus,souvent une question « stupide » peut parfois remettre en cause certaines pratiques .Une question même idiote a pour vocation par essence à en entraîner une autre plus judicieuse.C'est notre rôle de pédagogue d'essuyer ce genre d'interrogation et d'aiguiller les propos du stagiaire dans une vision et une posture plus professionnelle.
- « Trop lente,la stagiaire ne suit pas le rythme » ,pourquoi pas châtier aussi ce stagiaire à coup de fouet..… Objectivement on pourrai parler d'un problème d'organisation mais pas de lenteur.Le stagiaire doit avoir du temps pour intégrer les bons gestes lors des soins.
Il y a aussi ces prises à partie idéologique qui n’ont pas lieu d’être dans une évaluation. Il y a des élèves AS qui sont même jugés par rapport à des détails qui concernent leur vie privée.
Il y a toutes ces petites phrases implicites qui font penser que cette stagiaire est plaisante parce que l’on se reconnaît en elle.Cette stagiaire serait issue du même moule social.
Cela se matérialise par des propos discriminatoires et des prédispositions innées à notre profession: « c’est une mère de famille ce qui induit qu’elle est capable de ... ».L'endroit où est originaire le stagiaire ou son corps de métier auraient aussi une importance significative pour exercer dans certains lieux : « elle fait partie de notre corps d’armée », « elle est de la région ».
Prendre un stagiaire n’est pas un faire-valoir et demande un minimum de temps et de pédagogie pour l’accompagner dans les difficiles étapes que ce stagiaire devra surmonter pendant son stage.
Hors, ce n’est pas le cas et je me rends compte que la qualité des évaluations est mauvaise quand elle n’est pas déplacé voir inacceptable dans les propos tenus.
Dans la face cachée du stage ou le côté obscure, il est aussi de la responsabilité de l’Ifas de ne pas mettre les élèves dans des structures maltraitantes.Le suivi aussi et parfois très délétère à cause de formateurs immatures et pour certains incompétents et déphasés des réalités du terrain.
J’ai déjà reçu des appels de formatrices qui me disaient que «cette élève a posé problème lors de son précédent stage » ou encore plus étonnant qu’il fallait «secouer ce stagiaire »sans même au préalable me demander mon avis sur son travail.En plus,je dois dire que ce genre d'ordalie verbale était complètement inutile.
Donc entre des Ifas qui ont des suivis superficiels et des propos abjects et calomnieux et des structures maltraitantes indisposées à accueillir un stagiaire et à partager leurs savoirs .
Je ne peux arriver à la conclusion que le ou la stagiaire qui est tiraillé(e) entre tout ces démons mérite un minimum de considération lors de son évaluation.
N’oublions pas que nous avons été stagiaire.N’oublions pas que l’échec d’un stagiaire ,c’est aussi le notre.
*EAS : élève aide soignant(e).