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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 16:46

 

Pour bien comprendre ce qui va suivre, voici une description très prècise du phénomène dit de "la souffrance du soignant", désigné plus généralement par le terme "burn-out". Elle est extraite du site Souffrancedusoignant.fr:


"Parmi les nombreuses descriptions des symptômes du burn-out dans le monde médical, celle d’Edelwich et Brodsky a le mérite d’être simple. La voici:

Le professionnel de santé passe par 4 phases successives:

1) L’enthousiasme: il est d’abord porté par un enthousiasme débordant, qui lui fait tout voir en rose et lui donne le sentiment qu’il va faire de grandes choses. Il se dépense sans compter pour les patients et s’en trouve profondément gratifié.

2) La stagnation: quelques obstacles commencent à freiner cet enthousiasme. Le soignant est déçu par certains patients et fatigué de devoir se battre face à l’administration. Il compense ce déficit de plaisir par un surinvestissement qui s’avère contreproductif: sa santé s’altère, il dort mal, crée des tensions au sein de sa famille, néglige sa vie intime.

3) La désillusion, la frustration : le soignant commence à douter du sens de son travail, de ses jugements et de ses compétences. Les patients lui apparaissent ingrats et pénibles, les collègues irrespectueux ou indifférents. Il se sent déconsidéré et devient irritable pour ses proches. Sa santé se dégrade. Il a recours à des médicaments qu’il s’auto administre et/ou se met à abuser de l’alcool, ce qui ne fait qu’accélérer le processus d’aliénation.

4) L’apathie, la démoralisation : le soignant est dans l’impasse, il n’a plus aucune considération ni pour lui-même, ni pour les patients qui l’indiffèrent ou qu’il méprise. Son travail n’est plus qu’alimentaire et il s’y soumet avec un cynisme qui se retourne contre lui: il songe à tout arrêter, voire à se suicider. La dépression est grave et l’issue passe par des soins spécialisés."


Pour illustrer le sujet du burnout, je vais vous raconter l’histoire d’une de mes collègues. Elle s’appelait Jocelyne. J’appréciais vraiment de travailler avec elle. C’était la première de mes collègues que j’avais rencontré dans le service. Sa manière d’être et sa joie de vivre à travers le métier d’aide-soignante m’a instantanément plu.

Elle était de la génération en dessus de moi, mais il y avait un feeling professionnel très fort  entre nous deux.

Je m’étonnais de l’énergie qui émanait d’elle et je l’admirais en secret pour les relations qu’elle arrivait à nouer avec les patients. C'était inné chez elle.

Dans son dos, les patients avaient tout le temps une remarque sympathique.

Certains revenaient dans le service pour lui apporter des friandises ou la galette des rois. Elle faisait toujours passer ses cadeaux pour une récompense collective et savait rester modeste. Toujours.

Personnellement, je savais que son sempiternel engagement et son caractère têtu, ce qui n’ést pas un défaut en soi dans le métier, y étaient pour beaucoup.

Puis un jour, elle dut s'arrêter, un mois. La faute à un vilain mal de dos. Le poids des années faisant le reste. Il faut dire que le travail d’aide soignant est tellement physique.

Le mois d’après, elle était donc de retour. Je n’étais pas présent ce jour-làmais apparemment, la symbiose du groupe n’était plus la même.

Critiques assassines

Jocelyne vient me voir et se confie: "La cadre a dit que mon mal de dos n’était pas très grave et que j'aurais très bien pu continuer à travailler au lieu d’abandonner mes collègues qui ont souffert pendant mon absence..."

Je savais la cadre stricte sur certains points mais je trouvais ce propos exagéré.

Je désamorçais la situation en répondant à Jocelyne que ce n’était pas une remarque intelligente, et que dans l’équipe, on ne pouvait rien lui reprocher après tant d’années de service.

C’est à ce moment là que je commençais à comprendre: un complot se montait tout doucement au sein du service.

La meute des jeunes infirmières, fraichement diplômées, n’avaient pas du tout la même perception que moi. Elles marchaient derrière notre supérieure. Au lieu d'encadrer Jocelyne pour son retour, elles ne faisaient que l'enfoncer.

Une infirmière, formée aux soins de nursing par Jocelyne, est ainsi venue critiquer son travail. C'était la première fois que je voyais ça.

Aide-soignant, un statut presque fantôme

Je ne me suis pas rendu compte tout de suite du mal qu'on lui faisait, car je m’occupais de mon secteur. Le métier d’aide-soignant, souvent perçu comme un travail d'équipe, n’est qu’utopie. D’ailleurs, il faut savoir que l’aide-soignant n’existe pas officiellement, puisqu’il n’est présent que dans une ou deux lignes dans le décret de compétence sur le métier d'infirmier.

Au fil des jours, le sourire de Jocelyne se rarifiait. Elle ne restait plus avec l’équipe pendant la pose du matin. Elle continuait de travailler continuellement, comme un hamster qui fait tourner sa roue.

Je lui disais que ce n’était pas un comportement sain et qu’elle risquait de tomber malade pour de bon. Mais elle ne m’écoutait pas.

J’ai découvert par la suite qu’elle prenait des médicaments, quand je les ai vus tomber de sa poche un jour, lors du transfert d’un patient. Vu la boîte du médicament, j’ai tout de suite su qu’elle avait dû consulter quelqu’un pour l’aider.

La fin

Elle commençait à ne plus avoir les mêmes rapport avec les patients. Elle me dit un jour qu’elle n’arrivait plus à aller de l’avant, qu’elle accomplissait ses tâches parfois avec dégoût. Elle m'avoua même se sentir comme "une boîte à outils usagée que l’on pouvait jeter à la casse."

Elle se consumait de l’intérieur, à petit feu.

Jusqu’au jour où elle est vraiment tombée en morceaux.

C’était encore le dos qui refaisait parler de lui.

Cette fois-ci, il fallait qu’elle passe au bloc opératoire. Elle venait de passer de l’autre côté de la barrière.

Aujourd’hui, elle ne peut plus exercer le métier d’aide-soignante. On l'a mise à la retraite d'office.

Conclusion:

Cette volonté de transformer les hôpitaux en prestataires de service où il faut faire des bénéfices, engendre une immonde déshumanisation des équipes soignantes.

Finalement le burn-out est une douleur psychique, que le corps peut matérialiser de diverses façons (cancers, maladies mentales...).

L’histoire de Jocelyne n’est qu’une parmis tant d’autres. Mais elle m’a profondément marquée. Je voulais la partager avec tous ceux qui souffrent en silence, à tous ceux qui se font broyer par le système."

Pour aller plus loin, vous pouvez effectuer le "test de Malsach" (MBI), pour savoir si vous êtes dans le burn-out.

 

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Published by aide soignant
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commentaires

RAF 25/08/2010 17:37


Je suis moi aussi aide soignant ,je travaille de nuit dans un hopital public .J'ai lu plusieurs de tes articles et je vois bien que tu connais le métier.j'espère que tu continueras ce blog car j'ai
l'intention de revenir !Bonne continuation a+ !


olivier 10/03/2015 01:23

Oui on peut detruire une vie est je suis passer par la est j aurais bien deschoses a dire ma

aide soignant 28/08/2010 14:31



Merci Raf ça fait plaisir



dinette 20/07/2010 15:13


je suis d'accord avec ce que tu dit !!! c'est incroyable comment on peut détruire quelqu'un ... je suis dégouté.


clavé 30/03/2010 21:54


bonsoir je lis votre article avec un grand intérêtcar je travaile actuellement dans le cadre de mon mémoire sur l'épuisement des ssoignats en particulier des aides soignants en ehad j'ai créer
cette semaine un blog
http://laparoleauxsoignants.blogspot.com/
que je tente de faire connaître afin de recueillir des témoignage à l'image du votre
c'est important pour moi qui me destine à diriger un établissement de santé de réfléchir à mon échelle aux conditions de travail des soinants
bien sûr vos témoignanges n'auront pas une portée planétaire sur mon blog mais il me permettront d'agir et d'anticiper ces épuisements
merci de votre confiance n'ayez pas peur mon blog est encore vierge mais prêt à vous accueillir
cordialement
natacha


Lise 02/02/2010 22:26


je suis aide soignante depuis 14 ans et en dépression professionnelle. Ayant obtenu le concours ide il y a 6 ans, je n'ai pas pu rentrer faute de financement. Les ide sont financées pour les DU,
ont des primes pour ci ou ça. Nous, on est polyvalentes, devons faire des animations, mais pas de prime, pourtant nous leur faisons faire des économies d'animatrice, mais faut pas se plaindre. J'en
ai marre, j'ai demandé à changer de service, pareil, on me répond que ce sera difficile. Les ide changent de service comme elles veulent. Et nous, toujours non!
Je pense de plus en plus à arrêter mon job, et pourtant j'étais motivée. Une vocation!
Mais là, depuis un an, entre déprime et fracture du pied, mon corps parle!


lefranc 27/01/2010 21:20


Bonjour, je suis très touchée par cette histoire car son métier avait vraiment l'air de lui plaire.Une personne comme sa qui a le tact avec les patients y'en a mais pas des tonnes.C'est vraiment
très honteux la manière dont elle s'est fait traité à la vue des autres. Je vais bientot devenir aide soignante et je suis cotente que quelqu'un parle de ce métier car au regard des autres ce
métier est dévalorisé. Il est vraiment bien ce blog sa montre ce qui se passe réellement dans ce métier et dans différentes conditions.